Cette histoire se passe dans un petit village quelque part entre l’Allemagne et la Pologne. On ne sait jamais exactement où, mais l’on devine aisément à quelle époque elle se déroule : en
cette période noire où la guerre, bien que terminée, n’a pas encore effacé son empreinte dans les esprits. A travers le personnage de Brodeck, dont Philippe Claudel nous révèle progressivement le
passé, on retrouve le thème de l’éternelle errance du peuple juif.
Ce livre serait presque trop réel s’il n’était pas aussi poétique. Il serait presque onirique s’il n’évoquait
pas l’inhumanité la plus sombre. Il est, en tout cas, merveilleusement bien écrit.
Joanna
En bref : Le Rapport de Brodeck de Philippe Claudel, sorti en Livre de Poche depuis Mai
09
Nous sommes en 2016 et l’armée américaine capture, par hasard, Oussama Ben Laden. Le terroriste profite de cette occasion pour narrer, en toute franchise, l’histoire de sa vie aux agents de
la CIA venus pour l’interroger. Tout y passe : son enfance, ses réseaux, sa stratégie... On croise dans cette BD, aussi bien la description d’Al-Qaida, que les pouvoirs (américain, francais,
pakistanais, …) et les problématiques géopolitiques. Et cette description ne manque pas d’humour.
Le format BD permet d’aborder ce sujet sérieux avec légèreté et une pointe de caricature. Le tout est
parfaitement documenté. En effet, on y retrouve le travail très précis réalisé par Mohamed Sifaoui, célèbre journaliste d’investigation.
Cette BD très réussie est l’un des must read de la rentrée.
Raphaël
En bref : Ben Laden dévoilé, Sifaoui et Bercovici, Editions 12 bis.
Que ce passerait-il si un rabbin, tout droit sorti de son shtetl, débarquait dans un western ? Voila en substance, la question à laquelle
tâche de répondre la BD Rabbi Harvey ! Rabbi Harvey est mi-shérif mi-rabbin : c’est un peu la rencontre entre ‘Le chat du rabbin’ et Lucky Luke, un juste milieu entre le Far West et
l’Europe de l’est. Ce rabbin arrive dans la petite ville d’Elk Spring (Colorado) pour y promouvoir le Talmud. Sa répartie et son humour lui permettent de se faire connaitre dans toute la région.
Une BD bourrée d’humour et de sagesse juive, qui se lit plus vite que son ombre.
Sous ce titre aux allures d’oxymore se cache une compilation des
« pilules » dudit docteur Rouzaud qui officie notamment en tant que chroniqueur sur Radio Nova. Une pilule est un court texte tournant autour d’un mot, le traitant dans son sens (ainsi
que dans son sens inverse) mais aussi dans son étymologie, comme dans les associations d’idées qu’il suscite. Rouzaud y délivre son venin contre une société de consommation qui ne manque pas de
créer chez lui quelques sujets d’énervement.
Un grand mélange de verbes, d'adjectifs, des expressions : Les blondes, les acteurs, les américains, la nouvelle chanson, la famille, les bobos,
les t-shirts, la déco, les enfants tyrans, le fric, la télé… Tout y passe.
Tous les mots qui façonnent notre langage et surtout notre époque sont ici décortiqués. Rouzaud prend le mot comme une thématique, tourne autour, le retourne avec ses jeux de mots, ses rimes plus
souvent pauvres que riches (mais peu importe ici, si c’est drôle et impertinent) et ses associations astucieuses. On est ébloui par la facilité avec laquelle le célèbre docteur enchaine
allitérations et assonances, calembours et contrepèteries.
Malheureusement, le comique réside aussi et surtout dans la manière dont Rouzaud prononce ses chroniques à la radio, sur un fond de musique électro, dans une scansion légère, avec sa voix si
spéciale. Donc, à moins d’être un grand fan du bon docteur Rouzaud, passez votre chemin et préférez plutôt ses chroniques live sur Radio Nova.
En bref : J'ai tort d'avoir raison, chronique de Jean Rouzaud, éd. Scali, 324 p., 23 euros.
Lorsque sa fille lui a tendu un exemplaire de Mein Kampf trouvé dans une cave, le corps de Linda Ellia « se met à trembler, à brûler ». Sa vie « soudain
bascule ». Que faire devant le livre qui a engendré l’un des plus grands massacres de l’histoire de l’humanité ? De rage, de nerfs, Linda
Ellia utilise l’arme qu’elle maîtrise le mieux, la seule capable de faire taire l’immonde : l’art. Elle prend un gros marqueur rouge et dessine
sur les pages, une trentaine au total, avant de se rendre compte que cette expérience libératrice devait être collective. Elle arrache alors les pages et les donne à sa famille, à des artistes
plus ou moins célèbres, à des inconnus dans la rue. Le résultat : 600 pages raturées, déchirées, peintes, gribouillées, griffonnées, annotées, illustrées… 600 pages qui sont autant de
réactions différentes face à l’horreur absolue, autant de manières de combattre. 600 pages qui nous attrapent quelque part au dessus du nombril et ne nous lâchent plus. 600 pages
qui font du combat contre l’oubli, contre le racisme, contre les persécutions de toutes sortes, un combat collectif, notre combat.
Se réapproprier les mots que l’horreur nous a volés, ces mots dévoyés de leur sens, ceux qui ont justement donné
naissance à l’indicible, voilà ce que l’œuvre initiée par Linda Ellia nous offre. Cadeau sans prix, plus qu’une œuvre de mémoire, c’est une œuvre de guérison, une œuvre engagée dans des combats
toujours à mener.
« Puisse cette initiative, faire naître en chacun de nous, l'envie de ne jamais rester passif et de ne jamais céder à la contagion de la
haine. » Linda Ellia
En bref : Notre Combat de Linda Ellia, préface de Simone Veil, Ed. Seuil, 39 euros. www.notrecombat.net (de nombreuses pages y sont visibles)