Edito

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Mardi 8 janvier 2008

rouzaud-copie-1.jpgSous ce titre aux allures d’oxymore se cache une compilation des « pilules » dudit docteur Rouzaud qui officie notamment en tant que chroniqueur sur Radio Nova. Une pilule est un court texte tournant autour d’un mot, le traitant dans son sens (ainsi que dans son sens inverse) mais aussi dans son étymologie, comme dans les associations d’idées qu’il suscite. Rouzaud y délivre son venin contre une société de consommation qui ne manque pas de créer chez lui quelques sujets d’énervement.

Un grand mélange  de verbes, d'adjectifs, des expressions : Les blondes, les acteurs, les américains, la nouvelle chanson, la famille, les bobos, les t-shirts, la déco, les enfants tyrans, le fric, la télé… Tout y passe. 

Tous les mots qui façonnent notre langage et surtout notre époque sont ici décortiqués. Rouzaud prend le mot comme une thématique, tourne autour, le retourne avec ses jeux de mots, ses rimes plus souvent pauvres que riches (mais peu importe ici, si c’est drôle et impertinent) et ses associations astucieuses. On est ébloui par la facilité avec laquelle le célèbre docteur enchaine allitérations et assonances, calembours et contrepèteries.

Malheureusement, le comique réside aussi et surtout dans la manière dont Rouzaud prononce ses chroniques à la radio, sur un fond de musique électro, dans une scansion légère, avec sa voix si spéciale. Donc, à moins d’être un grand fan du bon docteur Rouzaud, passez votre chemin et préférez plutôt ses chroniques live sur Radio Nova.

En bref : J'ai tort d'avoir raison, chronique de Jean Rouzaud, éd. Scali, 324 p., 23 euros.

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par Elie Petit publié dans : Livres
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Dimanche 16 décembre 2007

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Lorsque sa fille lui a tendu un exemplaire de Mein Kampf trouvé dans une cave, le corps de Linda Ellia « se met à trembler, à brûler ». Sa vie « soudain bascule ». Que faire devant le livre qui a engendré l’un des plus grands massacres de l’histoire de l’humanité ? De rage, de nerfs, Linda Ellia utilise l’arme qu’elle maîtrise le mieux, la seule capable de faire taire l’immonde : l’art. Elle prend un gros marqueur rouge et dessine sur les pages, une trentaine au total, avant de se rendre compte que cette expérience libératrice devait être collective. Elle arrache alors les pages et les donne à sa famille, à des artistes plus ou moins célèbres, à des inconnus dans la rue. Le résultat : 600 pages raturées, déchirées, peintes, gribouillées, griffonnées, annotées, illustrées… 600 pages qui sont autant de réactions différentes face à l’horreur absolue, autant de manières de combattre. 600 pages qui nous attrapent quelque part au dessus du nombril et ne nous lâchent plus. 600 pages qui font du combat contre l’oubli, contre le racisme, contre les persécutions de toutes sortes, un combat collectif, notre combat.

Se réapproprier les mots que l’horreur nous a volés, ces mots dévoyés de leur sens, ceux qui ont justement donné naissance à l’indicible, voilà ce que l’œuvre initiée par Linda Ellia nous offre. Cadeau sans prix, plus qu’une œuvre de mémoire, c’est une œuvre de guérison, une œuvre engagée dans des combats toujours à mener.

« Puisse cette initiative, faire naître en chacun de nous, l'envie de ne jamais rester passif et de ne jamais céder à la contagion de la haine. » Linda Ellia

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En bref : Notre Combat de Linda Ellia, préface de Simone Veil, Ed. Seuil, 39 euros. www.notrecombat.net (de nombreuses pages y sont visibles)

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par Noémie Toledano publié dans : Livres
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Dimanche 9 décembre 2007

marek.jpgMarek Halter est de retour, assez en forme, il faut le reconnaître. Néanmoins, à bientôt 72 ans, il songe à la mort et craint de ne plus pouvoir s’exprimer sur les sujets qui lui tiennent à cœur.

C’est pourquoi, dans Je me suis réveillé en colère, Marek Halter revient en vingt chapitres sur autant de combats qui ont forgés une vie d’engagement militant. Du communautarisme à l’écologie, du conflit israélo-palestinien à l’antiaméricanisme,  de l’altermondialisme à  la religion, tout y passe. Avec plus ou moins de brio, Halter jette ses colères sur chacun de ces sujets et sur la manière dont notre société les appréhende. La colère est décidément très tendance cette année, après la colère saine de Ségolène royal, Marek Halter met à jour la colère de survie.

Le procédé est original et intéressant : Marek Halter nous raconte sa rencontre avec un juif orthodoxe, place des Vosges, devant la statue de Louis XIII. Celui-ci, très calme, est assis sur un banc et propose à Marek Halter de revenir chaque matin lui expliquer d’où vient son courroux. L’échange entre les deux hommes est très intéressant et très référencé.

Malheureusement, cette accumulation de colères fait que Marek Halter se perd un peu dans ses sujets. On est perturbé par son traitement de la question écologique et surtout par ses remarques sur le régime de Poutine, aux vues des dérives actuelles.

On ne voit pas vraiment où Marek Halter veut en venir quand son interlocuteur disparaît et que l’on apprend qu’il n’existait pas. Il se décrédibilise un peu en instaurant le doute chez le lecteur à propos de ses hallucinations probables quant à l’existence de son confident.

Un livre par moments intéressant, mais trop condensé et trop divers au niveau des sujets pour en retirer une véritable réflexion. On y ressent une certaine émotion quand on comprend le sentiment d’urgence et la peur de la mort s’emparant de Marek Halter, mais le contenu, trop précipité, ne permet pas d’apprécier à leur juste valeur les combats de ce militant éternel.

En bref : Je me suis réveillé en colère de Marek Halter, ed. Robert Laffont, 198 p., 17 euros.
 

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par Elie Petit publié dans : Livres
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Samedi 17 novembre 2007

Ce sont plus d’une centaine de textes qu’ont compilées ici Armand et Eliette Abecassis dans ce qu’on pourrait qualifier « d’anthologie de la littérature juive ». Les textes courent sur 3000 ans d’histoire juive de la Bible à Philip Roth.

Les textes, tous commentés  n’ont de commun que la judaïté de leur auteur ou le fait qu’ils écrivent sur le peuple juif (Pascal, Chateaubriand), de Herzl à Nahman de Barslav, de Kafka au rabbi Joseph Caro, d’Amos Oz à Rachi. Tout comme les juifs, ce livre parle toutes les langues dans lesquelles le peuple du livre a parlé et écrit et aussi celles qu’il a inventées, en les mélangeant avec la langue du pays.

 

Les textes de la Bible sont très présents dans cette anthologie, ainsi que les textes des grands commentateurs. Un extrait ?

Lève - toi ma compagne, ma belle, viens-t’en! Car voici que l’hiver est passé, la pluie a cessé, elle s’en est allée, les fleurs sont apparues dans le pays, le temps de la chanson est arrivé, la voix de la tourterelle se fait entendre dans notre pays, le figuier a mûri ses fruits verts. Et les ceps en bouton ont répandu leur senteur. Lève-toi ma compagne, ma belle, viens-t’en ! Le Cantique des Cantiques 2,10-13

 

Soudain, on passe des textes religieux aux plus beaux textes de la littérature. Un autre extrait ?

Pourquoi je suis juif ? Je suis juif, parce que, né d’Israël, et l’ayant perdu, je l’ai senti revivre en moi, plus vivant que moi-même. Je suis juif, parce que, né d’Israël, et l’ayant retrouvé, je veux qu’il vive en moi, plus vivant qu’en moi-même. Je suis juif, parce que la foi d’Israël n’exige de mon esprit aucune abdication. […] Je suis juif parce qu’en tout lieu où pleure une souffrance, le Juif pleure. Je suis juif, parce qu’en tout temps où crie une désespérance, le juif espère. Edmond Fleg, Pourquoi je suis juif.

 

Ensuite, on passe par les textes du Chapitre « La pensée moderne » qui regroupe aussi bien Raymond Aron qu’Emmanuel Levinas, Albert Einstein que Gershom G. Sholem, Léon Ashkenazi que Jacques Derrida. Après cela, c’est un ensemble de texte sur la Shoah qui nous est proposé avec Primo Levi, Elie Wiesel, Hannah Arendt. Puis, du Proust, du Durkheim, du Spinoza. Et enfin un chapitre sur l’humour juif avec les Marx Brothers et Woody Allen.

Un dernier extrait pour la route ?

Non seulement les juifs nous ont donné le Christ et Karl Marx, mais en plus ils se sont offert le luxe de ne suivre ni l’un, ni l’autre. Sir Peter Ustinov

 

Cette anthologie est une chance pour nous d’avoir un aperçu du panorama de la littérature juive, si riche et diverse. Le livre des passeurs, Armand et Eliette Abécassis, le père et la fille, nous transmettent ici, que, de toutes les générations, les juifs ont écrit et pensé et que nous devons, en portant l’héritage millénaire, continuer dans cette voie.

 

En bref : Le livre des passeurs de Armand et Eliette Abécassis, ed. Robert Laffont, 473 p., 23€.

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par Elie Petit publié dans : Livres
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Samedi 17 novembre 2007

L’impossible retour est le résultat du formidable travail de recherche et de recueil de témoignages du journaliste et écrivain Olivier Guez. Ce livre nous raconte la vie des juifs en Allemagne depuis 1945.

Tout d’abord, il y a la guerre et la victoire des alliés. C’est l’Allemagne année zéro (comme le titre du film de Rossellini, Germania anno zero). Des milliers de juifs affluent dans les camps de refugiés, véritables shtetls artificiels dont certains resteront ouverts jusqu’en 1957 dans l’espoir de partir bientôt vers la Palestine. Les alliés se partagent alors l’Allemagne à Yalta. Les dirigeants de la toute nouvelle RFA comprennent qu’ils seront juges à l’aune de la manière dont ils traiteront les juifs. Suit alors la politique de dédommagements et de restitution des biens dont les juifs avaient été spoliés, la Wiedergutmachung.

Le philosémitisme est alors de circonstance mais l’esprit des nazis est toujours là, car nombreux sont ceux qui ont collaboré. Adenauer décide d’amnistier au fur et à mesure les membres du NSDAP. Jusqu’aux scandales qui éclabousseront son entourage au passé plus que trouble.

Le peuple allemand vit un total déni de la Shoah et ne parle que des souffrances allemandes.

C’est la génération suivante qui, quand elle comprendra ce qu’ont pu potentiellement faire leurs parents et grands-parents exigera de faire la lumière sur le passé nazi de l’Allemagne. Malheureusement, le mouvement d’extrême gauche tourne à l’antisionisme après la guerre de 1967 et tout le travail de mémoire est à recommencer.

C’est au travers de ses rencontres et des ses lectures qu’Olivier Guez nous fait vivre les malaises et les doutes des juifs en Allemagne. Trahis par l’extrême gauche, détournés après 1967 de l’idéal sioniste, apeurés devant le silence allemand et ébahis devant le geste de Willy Brandt devant le monument à la mémoire du ghetto de Varsovie en 1970.

Aujourd’hui, l’Allemagne est la première terre d’émigration juive en Europe. Elle a su intégrer son histoire et ses crimes. Pour preuve, la construction de mémoriaux de la Shoah dans les centres-villes allemands.

Ce livre, par son détail, sa documentation, ses témoignages est un ouvrage de référence pour l’histoire ashkénaze d’après-guerre.

 

En bref :  L'impossible retour de Olivier Guez, ed. Flammarion, 336 p., 22€.

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par Elie Petit publié dans : Livres
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Samedi 17 novembre 2007

Bernard-Henri Lévy nous revient ce mois-ci avec un nouvel ouvrage, Ce grand cadavre à la renverse. Après avoir parcouru et dépeint une Amérique vertigineuse, enquêté au Pakistan sur l’assassinat du journaliste Daniel Pearl, il fait cette fois le diagnostic d’un patient qu’il porte dans son cœur : la gauche française. Un patient usé par ses dernières défaites, les coup bas de ses dirigeants entre eux.

 

En commençant son livre par le récit de son entretien téléphonique avec Nicolas Sarkozy (courant alors vers la victoire) qui lui demande de se rallier, il nous décrit un homme sûr de lui, a qui personne, jusque là, n’a pu résister. Mais BHL résiste, ses valeurs résistent, ses réflexes sont là. Oui, pour BHL, tout est affaire de réflexes, hérités des combats de la gauche comme le dreyfusisme, l’antifascisme, l’anticolonialisme, le soixante-huitisme. Tous ces combats dont il se sent l’héritier font de lui un homme de gauche.

 

BHL nous décrit une gauche en décomposition, à refonder de fond en comble et surtout à vider des ses fantômes. Le diagnostic est dur, très dur, mais BHL y croit, il espère. Et souhaite bon courage aux réformateurs...

 

En bref : Ce grand cadavre à la renverse de Bernard-Henri Lévy, ed. Grasset, 422 p., 19,90€. 

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par Elie Petit publié dans : Livres
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Jeudi 27 septembre 2007

Rendez-vous est pris jeudi 25 janvier à midi. Nous arrivons dans un joli petit hôtel de la rive gauche. Nous nous installons tranquillement dans un petit salon et nous voilà partis pour une demi-heure de conversation à bâtons rompus avec l’auteur du Livre de Joe présent à Paris pour la sortie de son nouveau roman Tout peut arriver. Il n’y a aucun doute, Jonathan Tropper est américain, blond, bonne bouille, et drôle, très drôle. Son talent, il le travaille, son possible succès est sujet de plaisanterie, en tous les cas, nous, on y croit. Ce roman, ça fait un an qu’on l’attend, et on n’est pas déçu. Jonathan Tropper serait-il en passe de devenir une valeur sûre ?

 

UEJF Art et Culture : Pouvez-vous nous raconter vos débuts littéraires ?

Jonathan Tropper : J’ai eu un parcours universitaire. J’ai suivi un master en littérature et écriture à la NYU (NDLR : New-York University). Je me suis alors rendu compte que la seule chose que je voulais faire, c’était écrire. J’ai écrit un premier manuscrit qui a été refusé partout. Puis, j’ai écrit Plan B que j’ai envoyé à une trentaine de maisons d’édition et quatre m’ont donné une réponse positive. J’étais super content, c’est plutôt rare d’avoir une réponse positive, alors quatre !

 

AC : En parlant de Plan B, il n’est pas sorti en France, y a-t-il une traduction prévue ?

JT : C’est à moi de décider si je vends ou non le titre à l’étranger. Pour l’instant, je considère qu’il est moins bon que les autres et qu’il ne mérite donc pas une traduction. Mais, si mes ventes explosent et que, quoique j’écrive, ça fasse un carton, alors peut-être ! (Rires)

 

AC : Tant dans Le Livre de Joe que dans Tout peut arriver, vos personnages ont environ trente ans et traversent une crise. Êtes-vous le concepteur d’une « crise de la trentaine » à l’image de la crise de la quarantaine ?

JT : Effectivement, j’ai le sentiment que l’entrée dans la trentaine est une période de crise. Arrivé à cet âge, on a généralement construit une famille, on a un boulot stable, en bref, on a posé les bases de sa vie. C’est forcément un moment de bilan, c’est notre dernière chance de changer les choses parce qu’après, c’est trop tard, c’est de là que vient cette angoisse de la trentaine. J’ai l’impression que c’est un phénomène très répandu.

 

AC : Vos personnages sont profondément attachants, humains. Quelle est la part d’autobiographie dans votre livre ?

JT : Mon roman est très peu autobiographique. Il y a juste le personnage de Norman (le père du héros qui a abandonné toute sa famille après avoir trompé son épouse, ndlr) qui est inspiré de quelqu’un avec qui je travaillais. Lui aussi avait abandonné sa famille. Il n’était pas possible, j’ai même dû édulcorer le personnage sinon personne n’y aurait cru. Il me rendait complètement fou.

 

AC : Parlez-nous de vos remerciements qui sont pour le moins énigmatiques.

JT : La personne qui a inspiré Norman ne lira jamais le livre, ce n’est pas son genre (rires). C’est pourquoi je l’ai mis en remerciement, au moins ça lui fera plaisir.

 

AC : Et la « petite graine » ?

JT : J’ai un ami dont je suis très proche depuis l’enfance, d’ailleurs on vit juste à côté. On a l’habitude de s’avoir au téléphone très souvent. Mais, pendant une semaine, il n’a pas donné de nouvelles, il n’est pas allé au travail… Il avait trouvé du sang dans ces urines. C’est quand plus tard il m’a raconté sa folle semaine qu’est née l’idée de ce livre.

 

AC : Vers la fin du roman, il y a un retournement de situation assez surprenant dont nous tairons la nature à nos lecteurs. Pourquoi arrive-t-il si tard dans le roman sans aucun indice qui ne l’annonce ?

JT : J’ai, à vrai dire, longuement hésité. La première version du manuscrit comprenait nombre d’indices, mais je voulais que ce soit une véritable surprise pour les personnages, d’où le choix de ce deus ex machina qui comme dans les tragédies grecques vient mettre un point final à l’histoire.

 

AC : Le Livre de Joe va être adapté en film…

JT : En fait, c’est d’abord Tout peut arriver qui sortira en premier. Le tournage commence à l’automne. Il sera produit et interprété par Tobey Maguire (Spiderman ndlr). Le script a été écrit par Dan Futterman, le scénariste de Truman Capote. Je l’ai lu il y a seulement deux semaines, j’ai adoré.

Pour Le Livre de Joe, ça a été très différent. On m’a proposé trois scénarii différents, aucun ne me plaisait. C’était tellement catastrophique que j’ai décidé de l’écrire moi-même, même si, généralement, ça ne se fait pas aux Etats-Unis.

 

AC : Sera-t-il interprété par Kirsten Dunst et Leonardo Dicaprio comme dans le livre ?

JT : (rires) Quand j’ai écrit le Livre de Joe, ils étaient beaucoup plus jeunes. En plus, Léo est beaucoup trop beau par rapport à Joe. Par contre, on parle de lui pour l’adaptation de mon prochain livre (sortie en mai aux USA ndlr), mais ça fait des années qu’il ne fait que des films sérieux où personne ne décroche un sourire (rires), alors jouer dans une comédie !

Petite anecdote marrante, sur un site de fans de Kirsten Dunst, des gens postaient des messages du genre « j’ai entendu parler d’un film avec Léo Dicaprio. Où peut-on le trouver ? »

 

AC : Joe et Zach, les héros de vos deux romans traduits en français sont Juifs…

JT : Certains auteurs américains sont spécialisés dans ce genre d’écriture, style Philippe Roth (Le Complot contre l’Amérique ndlr). Pas moi. J’ai passé deux ans en Israël. J’aurais plein de choses à raconter sur les gens que j’ai rencontré là-bas mais, pour l’instant, je veux rester plus universel et puis, honnêtement, si mes personnages sont juifs, c’est parce que je parle de ce que je connais, s’ils étaient catholiques, j’aurais beaucoup trop de recherches à faire (rires). Peut-être que quand je serais très célèbre, j’écrirai sur le judaïsme.

 

AC : (À Nathalie Perrony, la traductrice du Livre de Joe et de Tout peut arriver, qui accompagne Jonathan Tropper) L’écriture des deux romans est très différente. Est-ce une chose qui se ressent autant en anglais ?

NP : Oui, ces deux livres sont très différents, tant dans ce qu’ils racontent que dans leur structure. D’ailleurs, Le Livre de Joe est écrit à la première personne.

JT : Les gens ont en général préféré Le Livre de Joe. Peut-être parce qu’il est plus universel. Dans Tout peut arriver, je parle vraiment d’une période plus précise de la vie, ce bouleversement de la trentaine. C’est peut-être dû aussi au lieu de l’action : la province a une portée plus grande, plus universelle que la vie new-yorkaise.

 

AC : Votre écriture est assez « féminine ». Vous allez loin dans les sentiments de vos personnages !

JT : En effet. Les critiques ne savent pas dans quelle case me mettre, comment parler de ce que j’écris. Nous sommes encore peu nombreux à parler des sentiments des hommes. Il y a aussi Nick Hornby.

Je croyais écrire principalement pour des hommes, mais mon agent m’a détrompé. Visiblement mon lectorat est surtout féminin.

 

AC : Et bien espérons que vos livres réconcilient enfin les deux sexes dans la lecture !

 

En bref :

Tout peut arriver, roman de Jonathan Tropper. Ed. Fleuve Noir, 385 pages, 19 euros.

Le Livre de Joe, roman de Jonathan Tropper. Ed. 10/18, 412 pages, 8,50 euros.

par David Neuman & Noémie Tolédano publié dans : Livres
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Lundi 5 mars 2007

L’histoire : Lorsque Jean-François Derec évoque son enfance dans la région de Grenoble, celle-ci ressemble à celle de tous les enfants de son âge. Il y a le monde des parents qui fascine et effraie à la fois et le monde des copains, rempli de rires et de déceptions.

Un jour, pourtant, c'est le drame. Son "amoureuse" le traite de "juif". Il faut préciser que le jeune Jean-François n'a qu'une dizaine d'années et que les propos de ladite copine le perturbent énormément. Se faire traiter de "juif" est-ce vraiment insultant? Jean-François n'en sait rien. Il suppose pourtant que ce n'est pas une bonne nouvelle. Mais, Jean-François aurait bien tort de s'inquiéter. Dans sa famille, personne n'est juif, il ne peut donc faire exception à la règle…

Notre avis : Dans ce livre, Jean-François Derec raconte avec beaucoup d'humour la découverte de son identité juive. Ses parents, après la Shoah , ont changé leur nom pour faire plus "breton", brouillant ainsi la transmission d'une histoire commune. Ce livre, à la fois drôle et émouvant, évoque simplement la difficulté se sentir comme les autres tout en étant différent.

Découvrez un extrait en cliquant ici

En bref : Le jour où j’ai appris que j’étais juif, récit de Jean-François Derec, éd. Denoël, 224 pages, 15 euros.

par Noémi-Colombe Bromberg publié dans : Livres
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Mardi 13 février 2007

L'histoire : En apparence, tout va pour le mieux dans la vie de Zach : la plus belle des fiancées, un appartement dans le quartier huppé de Manhattan, un colocataire millionnaire qui paie le loyer, un travail a priori tranquille. Mais la découverte d’une tache de sang dans ses urines, signe probable d’un cancer, va tout faire basculer : ne serait-ce pas l’heure d’une mise au point ? Des sentiments pour une autre femme, le retour d’un père prodigue, des problèmes de boulot, bienvenue dans la crise de la trentaine !

Notre avis : Le premier roman de Jonathan Tropper, Le Livre de Joe, était un petit bijou, c’était donc avec impatience que nous guettions son deuxième. Moins universel, ce dernier nous fait voyager dans les pensées d’un trentenaire qui remet les fondamentaux de sa vie en question : amour, travail et famille. On s’attache vite à ce personnage qui semble perdu et on suit avec plaisir toutes ses péripéties. L’écriture de Jonathan Tropper est toujours incisive, alternant avec dextérité les passages drôles, émouvants et parfois crus. L’auteur décrypte avec brio la palette des sentiments que peut éprouver un trentenaire en crise. Serait-ce une spécialité Tropperienne ?

Malgré un retournement final rapide qui méritait peut-être un second tome, le plaisir est toujours au rendez-vous. Voilà un auteur qui plaira tant aux femmes qu’aux hommes…

En bref : Tout peut arriver, roman de Jonathan Tropper. Ed. Fleuve Noir, 385 pages, 19 euros.

par David Neuman publié dans : Livres
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Mardi 13 février 2007

L'histoire : A priori Joe Goffman a tout pour lui : un quatre pièces dans les quartiers chics de Manhattan, des aventures sentimentales en série, une décapotable dernier cri et des dollars comme s'il en pleuvait. Une vie de rêve née deux ans plus tôt avec la parution de son premier roman, le best-seller Bush Falls. Dans ce livre, il évoquait son adolescence dans la petite ville où il est né, entre un père dont le seul centre d'intérêt est le basket et deux meilleurs amis homosexuels. Joe n'a pas revu Bush Falls depuis dix-sept ans quand la subite attaque qui plonge son père dans le coma le contraint à s'y précipiter. Et forcément ses écarts autobiographiques n'ont pas plu à tout le monde !

Notre avis : Drôle, émouvant, tendre, intelligent, ce livre n'a que des qualités. Jonathan Tropper sait écrire, c'est le moins que l'on puisse dire : en quelques quatre cents pages (bien trop courtes, croyez-moi), il crée une petite communauté étriquée, des personnages loin des simplifications littéraires habituelles et une intrigue captivante. Les questions s'ajoutent les unes aux autres, notre curiosité est habilement entretenue. Au fond, un seul regret : on aurait aimé lire Bush Falls et surtout, surtout, voir son adaptation cinématographique avec Leonardo Dicaprio et Kirsten Dunst. Anticonformiste, ce roman nous plonge dans la tête et dans les fantasmes d'un adolescent de trente-quatre ans drôlement attachant, on a presque l'impression en le refermant d'avoir traversé l'océan et d'avoir passé quelques jours à Bush Falls. Prévoyez un long après-midi devant vous avant de prendre ce livre en main !

Découvrez le premier chapitre du livre en cliquant ici

En bref : Le Livre de Joe, roman de Jonathan Tropper. Ed.10/18, 412 pages, 8,50 euros.

par Noémie Tolédano publié dans : Livres
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