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La Contrevie, c’est un peu « le judaïsme en 452 pages », la littérature en plus. Jugez plutôt : controverses, vie de famille, disputes, questions existentielles,
débats enflammés, traditions et rébellion, mauvaise foi, sexe, controverses, amour, humour, mélancolie, controverses, nostalgie et exagérations… Ca vous rappelle quelque chose ? En tout cas,
ce livre, c’est un concentré de tout cela. Et plus encore.
Philip Roth l’a écrit en 1986, mais, si tant est qu’on puisse dire cela d’un livre, il n’a pas pris une ride. On y retrouve Nathan Zuckerman, le double de l’auteur, qui, dans une mise en abyme plus construite qu’on ne pourrait le croire au premier abord, est lui-même écrivain. Au début de l’histoire, son frère, un dentiste marié bien sous tous rapports, décide de subir une chirurgie cardiaque dangereuse. Pourquoi ? Afin de ne plus être dépendant des médicaments, qui l’empêchent de profiter des charmants appâts de son assistante et maîtresse…
Mais ce qui pourrait sombrer dans la fable scabreuse reste finalement parfaitement convenable, malgré certaines phrases qui feront tout de même se détourner les yeux chastes... Et l’histoire, assez basique dans le fond, permet à la plume magistrale de Roth de s’envoler de Londres à Bâle, en passant par New-York et Jérusalem. Au passage, on aura pu assister à des enterrements, un mariage, des actions anti-terroristes et des controverses (les voilà, donc) sur la vie des Juifs en Israel ou ailleurs. On n’arrive bientôt plus à faire la part des choses entre réalité et nombreux niveaux de fiction, et la proximité entre les situations de l’époque (il y a 23 ans !) et celles d’aujourd’hui vous feront réfléchir et même frémir...
Les émotions ne sont cependant pas en reste, et malgré un temps d’adaptation aux fantaisies scénaristiques, on se prend à revenir en rêve aux côtés d’une galerie de personnages qui ne laissent pas de marbre. Et, prouesse assez rare pour être signalée, certains passages sont véritablement drôles.
Alors, la prochaine fois que vous verrez quelqu’un invectiver un livre en donnant des conseils en Yiddish aux personnages, pensez à rentrer, vous aussi, dans l’immense famille Zuckerman.
Laure A.
En bref : La Contrevie, Philip Roth, Folio 4382
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