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L’histoire
: Salomon Sorowitsch
aurait pu être un artiste, mais l’art ne paie pas. Il fabrique donc de faux billets. Son caractère d’opportuniste se dessine. Il sévit à Berlin en 1936. Il est juif. Un matin, il est
arrêté et déporté.
Son talent pour le dessin va lui permettre de bénéficier de quelques avantages par rapport aux autres déportés. En effet, on lui demande de réaliser des portraits de SS. Il accepte. Puis il
est emmené dans un autre camp.
A l’arrivée, il se retrouve dans un hangar avec d’autres déportés. On leur explique que s’ils se comportent bien, tout se passera pour le mieux. On les fait
entrer dans un atelier chauffé, avec de la musique. Là, tous les outils sont prêts pour créer de la fausse monnaie : des faux billets de livres et de dollars que les Allemands largueront en
Angleterre et aux Etats-Unis afin de déstabiliser leur économie.
La critique : Il s’agit d’un épisode oublié de l’histoire des camps qui mettait les déportés face à un dilemme : sauver sa propre vie en aidant l’ennemi tortionnaire ou se révolter et se faire tuer. Salomon défend la première position : il veut s’en sortir, mais sans oublier ses compagnons de l’atelier. Burger représente la révolte, le refus de participer.
C’est en partie du témoignage de Burger que le film s’inspire. Ces déportés n’étaient pas entièrement dans une alcôve à l’abri du monde. Une palissade seulement les séparait de la réalité des camps, ce qui rendait le dilemme d’autant plus cruel. Ils entendaient ce qui se passait.
Le film se concentre sur un autre problème : celui de la légitimité à survivre. Ils ressentent déjà, alors même qu’ils sont dans les camps, le sentiment intolérable qui rongera, à jamais, tous les rescapés : Pourquoi certains survivent et pas d’autres ? Cet écoeurement de soi est accru par le fait qu’ils pratiquent une activité répréhensible et traitent avec l’ennemi. Comment supporter ce renversement des valeurs ?
Si ils étaient mieux traités que de l’autre côté de la palissade, parce qu’on voulait préserver leurs capacités de production, cela n’empêchait pas la torture, le mépris et le sadisme des SS. La moindre faiblesse physique ou dans le travail signifiait la
mort car l’inutilité.
Le réalisateur autrichien, Stefan Ruzowitzky, a pris le parti de nous montrer cette part de l’histoire à travers les yeux de Salomon (interprété par Karl Markovics) qui n’est pas un héros, qui ne souhaite qu’une chose : rester en vie. La force du réalisateur est de ne pas en avoir fait un personnage caricatural.
En bref : Les Faussaires, film autrichien de Stefan Ruzowitzky, avec Karl Markovics, August Diehl, durée
1h38, sortie le 6 février.